Maintenir les filles à l’école : ce qui se joue au-delà des frais de scolarité

Depuis la rentrée scolaire 2026-2027, la gratuité de la scolarité dans l’enseignement secondaire général et technique public est étendue à toutes les filles sur l’ensemble du territoire béninois. Cette décision constitue une avancée importante pour réduire les obstacles économiques liés à leur éducation.
Mais lever les frais de scolarité ne règle pas, à lui seul, toutes les difficultés qui peuvent interrompre le parcours scolaire d’une fille.
Car une question demeure : qu’est-ce qui permet à une fille non seulement d’entrer à l’école, mais aussi et surtout d’y rester pour apprendre et aller aussi loin que possible?
L’accès à l’école est une première étape
Le Programme national pour l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles au Bénin, adopté en 2024, distingue justement deux défis : l’accès à l’éducation et la rétention des filles dans le système scolaire.
Son diagnostic relève encore des écarts plus marqués à mesure que l’on avance dans le cursus. En 2022, les filles représentaient 47 % des effectifs du premier cycle du secondaire général, mais 43 % au second cycle. Dans l’enseignement technique, elles représentaient 31 % des effectifs. Ces données sont antérieures aux mesures actuelles et ne doivent donc pas être utilisées pour évaluer la rentrée 2026-2027 ; elles permettent cependant de comprendre pourquoi le maintien des filles à l’école reste un enjeu identifié par les politiques publiques.
Les difficultés économiques ne disparaissent pas entièrement
La gratuité des frais de scolarité réduit une charge importante pour les familles. Mais la scolarisation entraine aussi d’autres dépenses ou contraintes : fournitures scolaires, transport, repas, matériel d’apprentissage ou encore temps consacré à l’école plutôt qu’à certaines activités familiales ou économiques.
Une étude menée par l’UNICEF et la Banque mondiale au Bénin avait identifié les coûts directs et les coûts d’opportunité parmi les principaux facteurs pouvant affecter la progression scolaire.
Cela rappelle qu’une politique de gratuité peut être d’autant plus efficace qu’elle s’accompagne d’un environnement permettant réellement aux filles de poursuivre leurs études.
Un environnement scolaire sûr et adapté compte aussi
Rester à l’école suppose également de pouvoir y apprendre dans de bonnes conditions.
Le programme national béninois souligne notamment l’importance :
· d’infrastructures adaptées ;
· d’un environnement scolaire sécurisé ;
· de la prise en compte des besoins particuliers des filles ;
· de la disponibilité des ressources pédagogiques ;
· et de la prévention des violences basées sur le genre.
Des équipements qui pourraient sembler secondaires peuvent avoir des conséquences très concrètes. L’accès à des latrines séparées et adaptées, par exemple, participe à la création d’un environnement scolaire plus accueillant pour les adolescentes.
UNICEF Bénin inscrit d’ailleurs parmi ses priorités actuelles des interventions multisectorielles associant éducation, protection, santé, infrastructures scolaires et engagement communautaire afin de favoriser la scolarisation et la rétention des filles.
Les représentations sociales peuvent influencer les parcours
Les obstacles ne sont pas uniquement matériels.
Une fille qui entend régulièrement que ses études sont moins prioritaires, qu’une filière n’est « pas faite pour elle » ou que certaines responsabilités doivent passer avant son éducation peut progressivement réduire ses ambitions ou interrompre son parcours.
L’analyse UNICEF - Banque Mondiale sur le Bénin identifie les normes sociales parmi les facteurs spécifiques pouvant affecter la progression scolaire des filles, notamment à l’adolescence. Elle relève également les risques associés au mariage des enfants et aux grossesses précoces.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les familles ou toutes les communautés agissent ainsi. L’enjeu est plutôt de reconnaître que certaines attentes sociales peuvent, dans une mesure données, limiter les possibilités éducatives des filles.
Apprendre et progresser est tout aussi important que rester inscrit
Être inscrit à l’école ne suffit pas non plus si l’élève accumule des difficultés sans accompagnement.
Comprendre les cours, disposer des ressources nécessaires, pouvoir demander de l’aide et bénéficier d’un enseignement de qualité jouent également un rôle dans la poursuite du parcours scolaire.
C’est pourquoi le maintien à l’école ne peut pas être envisagé seulement comme une question de présence physique. Il s’agit aussi de permettre aux filles d’apprendre, de développer leurs compétences et de se projeter dans l’avenir.
Les familles et les communautés ont un rôle essentiel
Les grandes politiques éducatives relèvent de l’État et des institutions compétentes. Mais l’environnement quotidien de l’enfant peut faire une grande différence.
À son niveau, une famille peut notamment :
· valoriser l’éducation des filles comme celle des garçons ;
· écouter une adolescente lorsqu’elle rencontre une difficulté scolaire ;
· éviter de faire des tâches domestiques un obstacle régulier à ses études ;
· encourager ses choix de filières et de métiers selon ses aptitudes ;
· chercher de l’aide lorsque sa sécurité ou sa scolarité est menacée.
Les enseignants, responsables communautaires, associations, collectivités et autres acteurs ont eux aussi un rôle à jouer dans la construction d’un environnement qui favorise la poursuite des études des filles comme des garçons.
Faire de l’école une possibilité durable
La gratuité constitue donc un levier majeur, mais elle s’inscrit dans une ambition plus large : permettre à chaque fille d’apprendre dans de bonnes conditions et de poursuivre son parcours aussi loin que ses capacités et ses aspirations le permettent.
C’est précisément cette approche globale que retient aujourd’hui le Programme national pour l’accélération de l’éducation et du bien-être des filles au Bénin, qui associe maintien scolaire, compétences de vie, santé, alternatives éducatives et transition vers l’emploi.
Faciliter l’entrée des filles à l’école est essentiel. Créer les conditions pour leur permettre d’y rester et réussir l’est encore plus.




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